Le voyage de l’écoute

Voici un dispositif que je fais depuis des années dans la première heure de presque tous mes stages !

Je commence par distribuer des notes tenues, généralement je donne un accord majeur : la fondamentale à un tiers du groupe, la tierce à un deuxième tiers et la quinte au dernier tiers.

Je dis généralement qu’il est important que tout le monde ait une note vraiment confortable. Pour ça ils peuvent changer d’octave, ou même changer de note. Je dis aussi qu’ils peuvent respirer quand ils le veulent et autant qu’ils le veulent.

Puis je leur demande de se promener dans l’espace.

Je leur dis alors de passer au moins 90% du temps sur leur « note de base », et les 10% du temps restant ils peuvent improviser librement s’ils le souhaitent.

Je leur demande alors de commencer par écouter leur propre voix. Et chercher du confort. Pour ça je donne généralement des pistes : se grandir, se tonifier, ou au contraire se détendre physiquement, bouger davantage, expirer plus d’air, ou au contraire expirer moins d’air, détendre la mâchoire, la langue… Et j’insiste : gardez toute votre attention sur votre propre voix et continuez à chercher comment rendre ça encore plus confortable.

Puis je leur dis que s’ils le souhaitent, ils peuvent allonger un peu le temps d’improvisation et passer par exemple à 20% du temps où ils improvisent, et 80% du temps où ils chantent leur note de base.

Je leur demande ensuite d’écouter la voix de quelqu’un d’autre. Par exemple quelqu’un qu’ils croisent. Ils peuvent s’arrêter quelques instants à côté de quelqu’un pour mieux l’écouter s’ils le souhaitent, ou pas. J’insiste : essayez de garder toute votre attention sur cette autre voix, même quand vous improvisez !

Puis je leur dis qu’ils peuvent à nouveau allonger le temps d’improvisation et passer à 30% du temps où ils improvisent, et 70% du temps sur leur note de base.

Je leur demande alors d’écouter l’ensemble des voix, tout en continuant à marcher dans l’espace (car ils ont tendance à tous s’arrêter à ce stade). Dézoomer, englober dans leur écoute toutes les voix et tous les sons présents, et garder leur attention à cet endroit-là, ou plus exactement ramener sans cesse leur attention là-dessus à chaque fois qu’elle se déplace.

Une dernière fois, je leur dis qu’ils peuvent allonger le temps d’improvisation pour environ 40% du temps où ils improvisent, et 60% du temps sur la note de base.

Enfin je leur dis qu’ils peuvent choisir ce qu’ils écoutent : leur propre voix, une autre voix, plusieurs autres voix, toutes les voix…

Je leur demande ensuite de revenir à leur note de base, de revenir en cercle, et j’enchaîne avec un autre dispositif.

Je varie plus ou moins les moments où j’allonge le temps d’improvisation, la durée de chaque phase, les indications que je donne, mais en gros c’est ça.

Il y a pour moi plusieurs grands bénéfices à faire ce dispositif en début de stage, dont principalement :
– Improviser tous ensemble tout en conservant (normalement) une certaine harmonie / consonance générale.
– Expérimenter / travailler le fait d’écouter sa propre voix, une autre voix ou toutes les voix, ce qui est un apprentissage que je valorise énormément, pour moi c’est une clé majeure en musique et à plus forte raison en improvisation, et ce n’est pas si facile.
– Se connecter d’abord à soi, à son confort vocal. Puis se connecter aux autres individuellement, en les choisissant, et sans avoir à les regarder dans les yeux, ce qui va donc être moins exposant pour la plupart des gens. Et enfin se connecter à l’ensemble du groupe.

Sources : Gaël Aubrit

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